Thursday, March 29, 2012

Un marché du travail dépassé?

CDI, CDD, intérim, fonctionnaire...

Ces termes sont à la base de notre vision de l'emploi, et sont devenus des castes qui créent une hiérarchie sociale insupportable.
L'intérim est devenu le principal moteur de l'emploi par facilité, les entreprises recherchant la flexibilité qu'il permet. Le CDI est dès lors devenu un graal à atteindre, une sécurité de l'emploi mais qui ne correspond en rien à la valeur de l'employé qui l'obtient.
Et en même temps, la compétitivité et la productivité se dégradent comparativement pour de nombreuses raisons, dont le stress au travail, et la difficulté de former des personnels efficaces, puisque les intérimaires sont souvent remplacés au moment même où ils atteignent leur efficacité actuelle.
Et de l'autre côté, les entreprises peinent à recruter, les profils adaptés étant rares et les employeurs timides.
La règlementation du travail est bien souvent un obstacle plus qu'une aide.
Un ami chef d'entreprise, qui a crée de nombreux emplois, m'a dit, et je pense vraiment qu'il a mis le doigt sur une triste réalité: "la loi française protège les travailleurs des patrons iniques et maléfiques. Mais pour 5% de patrons comme cela, 95% se trouvent empêchés de créer des emplois". Or créer de la richesse est bien le but de l'entreprise, et le meilleur moyen pour cela est d'augmenter la production, encore plus que la productivité, car elle mène à des économies d'échelle. En embauchant, le patron est donc bien dans un raisonnement "égoïste", puisque cela génère plus de production et donc d'argent. Cela génère aussi par les salaires versés plus de consommation.
En termes d'économie, c'est bien là que Keynes et les néo-classiques, théories de la demande et de l'offre, se rejoignent.
Seulement voilà: l'inflexibilité du marché du travail rend ces embauches difficiles, et engage un cercle vicieux, qui paralyse la France depuis les années 80. L'Allemagne en est sortie récemment, et des pays comme le Canada avant elle, tout en gardant des structures sociales fortes et un droit du travail efficace et protégeant suffisamment les travailleurs.

Mais au-delà, il est probable que nos raisonnements actuels en terme d'emplois, et surtout d'emplois à vie, soient en partie dépassés. Oui, certaines entreprises doivent bien embaucher sur le long terme et fidéliser leurs employés.
Mais d'autres ne peuvent se le permettre, tout en ayant des ambitions fortes. Pour elles, il est logique de raisonner en termes de missions, mais tant que ces missions sont assimilées à de l'intérim, elles ne pourront le faire que sur des emplois à bas salaires, les stigmates sociales étant trop fortes. Tant que les banques refuseront de prêter aux intérimaires, les travailleurs refuseront cela.
Ou alors ils sont consultants et auto-entrepreneurs. Le succès de ces types d'emplois démontrent bien l'engouement qu'ils engendrent, et les besoins des entreprises.
Une TPE avec un produit innovant a besoin de développement commercial, de marketing international, de stratégie financière, mais ne peut pas embaucher autant de CDIs. Pour cela, les missions et le temps partagé sont des solutions possibles.

Si l'Etat veut vraiment aider l'emploi, il doit encourager le travail, et cela passe par une revalorisation du travail de courte durée à tous niveaux de salaires. C'est se voiler la face que de diminuer la flexibilité du marché du travail. Cela n'aboutit qu'à créer des castes encore plus éloignées, des privilégiés avec un emploi stable et des précaires. Cela ne sert qu'à renforcer cette perception sociale négative des missions.

Les préoccupations des Français en cette période d'élection étant le pouvoir d'achat et l'emploi, il est vraiment dommage qu'il n'y ait pas plus de débats politiques à ce sujet.
Ce post a été inspiré par des conversations avec de nombreuses personnes, travaillant à la région Alsace, ayant crée leur entreprise, travailleurs de tous types et employeurs. Merci à vous pour l'inspiration.

Et maintenant, promis, je change de sujet pour le prochain article!

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