Tuesday, April 20, 2010

Inde vs. Chine

La Chine (République Populaire de Chine), superpouvoir du 21e siècle, croissance annuelle de 10% , usine du monde.

La Chine, modifiant les équilibres géopolitiques, achetant les ressources naturelles du monde entier pour alimenter ses usines et sa croissance, 1er marché automobile du monde.
Sa croissance est certes impressionnante, mais il me semble que l'on s'attache trop à prendre les tendances à court terme qui ont conduit tant d'entreprises à s'installer en Chine, et à en établir des conjectures de développement à long terme.

Et l'Inde (République de l'Inde) dans tout ça? Elle est bien oubliée, alors que ses perspectives à long terme pourraient bien être supérieures à celles de la Chine.

Il est évident que dans les 2 cas, ainsi que pour les autres BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et d'autres pays tels que le Mexique, l'Indonésie, la Turquie, le développement économique est bienvenu, nécessaire, et logique, dans un contexte de globalisation des économies et de recherche des coûts de production les plus bas possibles, et ce malgré les dangers environnementaux et sociaux qu'il génère.

Mais justement, si la Chine a pour l'instant été le pays dont la croissance est la plus dynamique, les obstacles à une croissance à long terme ne sont-ils pas suffisamment importants pour amoindrir cette croissance, voire renverser la tendance? Après tout, l'Europe de l'Ouest a connu une croissance forte et soutenue durant les 30 glorieuses, mais celle-ci a notablement et durablement ralenti depuis.



Etablissons donc la liste des forces et faiblesses de la Chine et de l'Inde

Forces de la Chine

- Culture d'entrepreneuriat
- Fierté nationale, motivation à croître, du pouvoir politique comme du peuple
- tissu industriel bien établi
- infrastructure efficace sur les côtes industrialisées (ports, routes, grille électrique)
- population bien formée et qualifiée pour les tâches industrielles spécifiques
- Chine peu affectée par la crise économique mondiale


Forces de l'Inde

- Culture d'entrepreneuriat
- anglophonie
- culture démocratique, souffrant certes des défauts de la démocratie tels que lenteur de processus de décision, mais culturellement plus proche des pays occidentaux que la Chine
- spécialisation en techniques de l'information
- qualification de la population, et ce malgré la faible qualité de nombre d'universités et le taux relativement bas d'alphabétisation.



Faiblesses de la Chine

- pyramide des âges, du fait de la politique de l'enfant unique
- énormes problèmes de pollution, en particulier sur les côtes industrialisées. Le pouvoir central en est conscient, mais refuse de risquer de ralentir la croissance
- baisse de l'espérance de vie sur les côtes du fait de la baisse de la qualité du système de soins
- spécialisation export en industrie, avec peu de développement du secteur tertiaire
- respect de la propriété intellectuelle
- tensions géopolitiques avec Taiwan, Etats-Unis, Japon, et Russie
- risque de surchauffement économique et de crise, la Chine ayant été grandement épargnée par la crise économique mondiale
- sort des minorités (Tibétains et Tajiks musulmans, principalement)

Faiblesses de l'Inde

- infrastructure physique, encore très aléatoire, en particulier en dehors et entre les grands centres tels que Bangalore
- tensions politiques (Cachemire, attentats potentiellement liés à des extrémistes pakistanais, insurrections maoistes)
- manque d'organisation centrale du fait des pouvoirs étendus des districts, rendant les investissements directs plus difficiles
- la culture d'entreprenariat est développée parmi les entreprises individuelles et les coglomérats, mais souffre d'un manque d'entreprises intermédiaires capables d'exporter sur les marchés mondiaux



Cette liste, certes probablement incomplète et simplificatrice, montre tout de même que si la Chine a des avantages immédiats, et en particulier une infrastructure solide et facilement utilisable, les problèmes à long terme auxquels elle fait face sont extrêmement importants.

L'augmentation rapide de la pollution est potentiellement le plus grave, avec ses effets sur les réserves d'eau et de nourriture, et son impact direct sur les sols. Elle contribue de plus aux tensions sociales en aggravant les problèmes de santé humaine, dans le cadre d'un système de santé inadapté et inégalement réparti.

Le déséquilibre de la pyramide des âges du fait de la politique de l'enfant unique (assouplie mais encore en place) place la Chine devant des problèmes similaires à ceux que des pays comme l'Allemagne ou l'Italie subissent déjà, avec des retraités en nombre bien plus important que les travailleurs qui les supportent. Cela reste vrai même dans un pays où il n'y a pas vraiment de système de retraite, mais où les générations précédents attendent un support financier direct de la part de leurs descendants, au moment même où les Chinois découvrent le consumérisme à l'occidentale.

Le manque de développement du secteur tertiaire et le risque de grippage des rouages économiques, surchauffés, représentent des menaces à plus court terme, mais aussi moins importantes, et dont le pouvoir central est clairement cnoscient.

Des achats tels que ceux de Volvo par Geely ou de la division hardware d'IBM par Lenovo démontrent la capacité des entreprises chinoises à s'adapter, et à augmenter la valeur ajoutée de leurs productions. Cependant, ils se heurtent ce faisant aux productions à haute valeur ajoutée des pays développés.


L'Inde, quant à elle, garde un rythme de croissance soutenu, même s'il fait pâle figure à côté de celui de la Chine.
Elle souffre de problèmes actuels, et en particulier d'une infrastructure peu développée, en particulier entre grands centres, mais aussi à l'intérieur de ceux-ci.
Dans un monde rompu aux techniques de flux tendus, c'est impardonnable. La système démocratique de l'Inde, une grande force dans son intégration au commerce mondial, encore dominé par les pays industrialisés démocratiques d'Amérique, d'Europe et d'Asie (Japon et Corée du Sud), rend les implantations délicates du fait des complexités et changements de leadership, non pas tant au niveau du gouvernement central que de ceux des provinces. Cependant, ce problème ne semble pas fondamentalement plus grave que d'être soumis aux diktats du PC chinois, comme l'exemple de Google le montre.
A l'inverse de la Chine, le taux de natalité élevé de l'inde pose ses propres problèmes, dans la mesure où le système éducatif peine à former une part suffisante de la population, et où trop peu d'emplois qualifiés sont crées.

Au final, l'Inde souffre cepdendant de bien moins de faiblesses structurelles handicapantes à long terme que la Chine, et, si elle continue à bien gérer son développement économique tout en stabilisant son système politique comme elle le fait actuellement avec la ré-élection récente du modéré Mamohan Singh, a à mon avis le potentiel d'être le vrai géant du 21e siècle. Elle pourrait fort dépasser une Chine embourbée dans une pollution paralysante, et se retrouvant à devoir gérer une population âgée avec trop peu de travailleurs actifs.

2 comments:

  1. Antoine, tu oublies le manque feminin Chinois. Pour maintenir un GDP favorable, il faut une population d'ouvriers assez jeune. Il est difficile, il me semble, de reproduire les ouvriers jeuns sans meres.

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  2. Tu as tout à fait raison. Les avortements forcés de filles, les abandons à la naissance, et le fait que les parents arrêtent de faire des enfants dès le 1er garçon augmentent les problèmes démographiques déjà discutés.

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