Ayant vécu dans 4 pays différents et revenu en France en 2009, j'ai eu la chance de découvrir d'autres systèmes sociaux, d'autres visions de la société, et d'avoir un œil extérieur sur la France, pays complexe et à facettes multiples.
A l'approche de l'élection présidentielle, on observe des visions différents du pays s'opposer. Au-delà, la grande question actuelle concernant la France, d'un point de vue économique et donc social, est de savoir s'il s'agit d'un pays d'Europe "du Sud" ou "du Nord". Il n'y a pas de réponse claire, et un pays peut d'ailleurs basculer d'un côté à l'autre. Le nouveau gouvernement italien, par exemple, mène des politiques économiques et sociales d'inspiration scandinave et anglaise, ce que l'électorat italien apprécie.
D'un point de vue culturel et géographique, la France est loin d'être un État nation unifié. L'Alsace est un exemple frappant, avec un régime local de sécurité sociale qui est le seul à être en excédent. Néanmoins, vu de l'étranger, et même par de nombreux Français, on retrouve une vision relativement unifiée de la France.
Le sujet étant vaste, on se concentrera sur le potentiel de croissance de la France par l'innovation, l'exportation, et l'administration, et sa comparaison avec d'autres pays sur ces sujets. On restera ainsi sur les sujets de ce blog que sont le marketing, l'export, et le développement économique.
Vue de l'étranger, la France est un pays où il fait bon vivre, de luxe et de vin. Ce sont les activités économiques les plus visibles, et celles qui ont développé les meilleurs réseaux de vente à l'export. La France connaît un déficit commercial important, et trop d'entreprises françaises ne savent pas exporter, mais le luxe est clairement une exception. Pour prendre un exemple empirique, de nombreux vignerons du terroir, qu'on pourrait croire refermés sur eux-même, font des déplacements auprès de gros acheteurs potentiels en Chine et aux Etats-Unis afin de promouvoir et vendre leurs produits. Dans le même temps, Veolia se mord les doigts de ses acquisitions à l'étranger payées bien trop cher, et Bull ou Alcatel sont des noms qui n'évoquent presque rien au-delà des frontières de la France.
Cela veut-il dire que ce sont les PME qui sont dynamiques et créatrices d'emploi? Pas forcément. Ce sont les entreprises nouvellement crées qui le sont, quelle que soit leur taille. Simplement, la plupart des jeunes entreprises sont des PME (source: The Economist: Decline and Small).
Or la majorité de ces PME françaises, hors secteurs suscités, n'ont pas de volonté d'exportation, voyant la France comme leur unique lieu de vente. C'est un contraste marqué avec l'Allemagne, les Pays-Bas, et les pays scandinaves, la source évidente du déficit de la balance commerciale, et une source importante du chômage élevé en France. Cela nuit à la compétitivité, et entretient un sentiment protectionniste: il est plus tentant de se replier sur soi-même si l'on exporte pas. Or le développement économique et donc l'augmentation à long terme de la qualité de vie reposent sur l'augmentation de la compétitivité et des échanges internationaux.
Pour ceux qui arguent que la croissance et l'économie ne sont pas tout, et qu'il vaut mieux une société harmonieuse, la Grèce est bien l'exemple qu'une perte importante de pouvoir d'achat est un drame personnel et national. Les Français en sont bien conscient, plaçant le pouvoir d'achat au cœur de leurs préoccupations.
Malheureusement, la France n'arrive pas à répondre correctement à ses préoccupations, avec un chômage important et une croissance trop faible, ainsi qu'une érosion de la compétitivité. Les Français entrepreneurs partent souvent à l'étranger créer leurs entreprises, appauvrissant d'autant le terrain national. Les sources d'investissement en France sont trop rares, limitant les possibilités de ceux qui veulent créer ou reprendre des entreprises innovantes et créatrices d'emploi.
Et au final, la raison en est simple: beaucoup trop de lourdeurs administratives. L'Etat est fortement immiscé dans tous les pans de la société. Oubliant qu'il est une machine lourde et peu réactive, il ne réalise pas que la création d'entreprise et l'innovation ne se dictent pas.
Que la recherche théorique et fondamentale soit subventionnée par l'Etat est une bonne chose, car le secteur privé ne voit pas forcément à long terme. La politique des pôles et des clusters est une bonne initiative, mais ne remplace pas le foisonnement et l'innovation spontanés qui se génèrent dans des endroits comme la Silicon Valley, New York, Hong-Kong, ou Londres. Or le manque d'investissements privés et les difficultés administrative empêchent ces foisonnements.
On voit bien qu'en France, il y a une chute du nombre d'entreprise ayant plus de 49 salariés. La raison en est simple: une augmentation drastique des régulations à partir de ce nombre. Des entreprises qui veulent croître en sont empêchées par un système inadapté.
Qu'il existe des régulations est nécessaire voire positif pour empêcher les abus. Mais si elles entravent la croissance économique et le dynamisme d'un pays, c'est une perte.
La difficulté pour les étudiants étrangers d'obtenir des visas est un autre exemple. Des jeunes qui choisissent d'étudier en France, et pourraient y rester pour ajouter leurs considérables compétences à la richesse intellectuelle du pays en sont empêchées par des lourdeurs administratives et une crainte de l'étranger.
Souvent, les mêmes qui se dressent contre les partis d'extrême droite sont prompts à vouloir ériger des barrières à l'export et à l'import. Même si les arguments sont économiques plutôt qu'ethniques, la conséquence est la même: une fermeture et un déclin du pays.
Pourtant, les Français sont reconnus comme étant innovateurs, originaux, débrouillards. Ils ont la chance de vivre dans un pays diversifié géographiquement et culturellement, avec un terroir fort mais qui intègre les différences. La France est un pays qui a un riche passé international, et une culture d'innovation. Mais celle-ci se heurte à une administration lourde et inefficace, qui existe trop souvent pour se servir elle-même.
La majorité des étudiants rêvent de devenir fonctionnaires ou d'intégrer un grand groupe, préférant la sécurité à l'innovation, et espérant que d'autres créeront la richesse financière qui permettra à la société de survivre.
Or les grands gagnants du XXIe siècle seront bien les pays et les individus ouverts sur le monde, qui prennent des risques et innovent, et non ceux qui se cachent derrière des barrières protectionnistes et une administration lourde, Singapour plutôt que la Corée du Nord, en utilisant un exemple un peu extrême.
Subscribe to:
Post Comments (Atom)

Je trouve qu'il est toujours intéressant d'avoir la vision de quelqu'un ayant vécu et travaillé à l'étranger, c'est un bon moyen de se remettre en question tout en s'inspirant des autres qui ont très souvent de bonnes idées, quoi que puissent en dire nos amis de la scène politique...
ReplyDeleteQuelques remarques toutefois pour compléter cet article :
S'il est vrai que l'Alsace est une région assez atypique par rapport au reste de la France, faisant peut-être douter de sa nécessaire participation à l'Etat-Nation français, il me semble assez difficile de donner pour exemple de différenciation le caractère excédentaire de son régime local de sécurité sociale. En effet, les chiffres avancés par les médias, notamment alsaciens, sont quelque peu galvaudés. Je m'explique. Le régime local, c'est environ 450 millions d'euros de prestations servies, pour un excédent annuel de 8 millions d'euros en 2010. Pas de quoi fouetter un chat sur les chiffres, un excédent d'exécution de 1,8% peut être largement créé tout simplement par le placement en trésorerie d'une telle masse financière à court terme. Ce que les Caisses locales de sécurité sociale alsaciennes et mosellanes font quotidiennement. Au-delà de ce point, il ne faut pas non plus oublier que ce régime est en outre financé par des transferts de crédits du régime général vers le régime local, à hauteur de 10-12% selon les années, soit environ 50 millions d'euros. Par conséquent et en réalité, le régime local alsacien est excédentaire grâce à des fonds provenant d'un régime... déficitaire (essentiellement l'assurance-retraite). Sans ces fonds, il serait lui aussi déficitaire, comme ce dernier.
Mais le régime local alsacien nous apprend une chose fondamentale, grâce à sa comparaison avec le régime général. Il est constitué, pour faire simple, d'un régime de sécurité sociale obligatoire de base et d'une complémentaire elle aussi obligatoire et généralisée, au contraire de ce qui se passe pour l'assurance-maladie du régime général, qui fait de plus en plus appel aux assureurs privés par le biais des complémentaires pour maintenir un niveau de soins maximal et un reste à charge minimal pour les usagers. En Alsace-Moselle, de fait, la "complémentaire" a moins d'intérêt, notamment en ce qui concerne les soins lourds, très largement pris en charge par le régime local. Grosso modo et en Alsace-Moselle uniquement, les assureurs privés ne s'occupent que du "petit risque" sans grande envergure, alors que l'assureur public prend en charge le "mauvais risque", celui qui coûte cher. Le décor planté, revenons-en à nos moutons : l'assurance sociale coûte globalement moins cher, à niveau de soins équivalents, que l'assurance privée, et se montre plus efficiente (coûts de gestion bien plus bas). A ce titre, je serais tenté de dire, en observant la bonne santé du régime local alsacien-mosellan qui se prive de facto de cotisations sociales émanant d'individus "petit risque", ces dernières retombant dans la poche des assureurs privés, que la généralisation de ce modèle pourrait être une solution extrêmement intéressante pour renverser la balance du déficit de la sécurité sociale du régime général français. C'est généraliser le jeu auquel jouent les assureurs privés depuis des dizaines d'années et qui forme leur fonds de commerce : empocher les cotisations de personnes ne présentant que peu de risques sociaux pour financer, éventuellement, des gros risques, l'équilibre financier émanant d'un bon calcul actuariel. Ce que ne fait pas la sécurité sociale du régime général et que le régime local fait en grande partie, par des cotisations plus élevées. En somme, la sécu du régime général continue de payer quand c'est cher (ALD notamment) mais se finance de moins en moins comme un assureur privé. D'où une part substantielle de déficit, l'actuariat ne servant à rien dans un tel système.
Bonjour, et merci pour ce commentaire fort détaillé!
ReplyDelete